Le rejet et l’immunosuppression
Sans maîtrise du phénomène de rejet, l’essor de la greffe n’aurait pas été possible. Le rejet est un phénomène naturel : face à un corps étranger, l’organisme humain a comme première réaction de chercher à l’éliminer. Jusqu’à la fin des années cinquante, il a constitué un frein essentiel à l’essor de la greffe d’organes.
La découverte du système HLA et le développement d’une famille de médicaments bien particulière, les immunosuppresseurs, sont deux étapes importantes de l’histoire de la greffe.
Le système HLA
Le « complexe majeur d'histocompatibilité » désigne un système biologique de reconnaissance de « ce qui est soi » de « ce qui n’est pas soi » présent chez la plupart des vertébrés. Chez l'être humain, on parle de HLA.
Le système HLA (Human Leucocyte Antigen) est un groupe de gènes qui codent pour des protéines particulières. Ces protéines sont présentes dans toutes les cellules du corps. Elles permettent à l’organisme de distinguer les cellules qui lui appartiennent, y compris les cellules du sang, des cellules étrangères.
Ces marqueurs génétiques sont très variés et, sauf exception (vrais jumeaux), on peut considérer que chaque individu possède une combinaison HLA qui lui est propre. Cette carte d’identité cellulaire n’a rien à voir avec les groupes sanguins.
Lorsqu’on attribue un greffon à un malade, on veille systématiquement à ce que les groupes sanguins du donneur et du receveur soient compatibles. En revanche, il est quasiment impossible de trouver, parmi les donneurs, une personne rigoureusement identique au receveur pour l’identité HLA.
Le phénomène de rejet
L’introduction dans l’organisme d’un organe qui n’a pas le même système HLA est immédiatement perçue comme une agression. Il déclenche une réaction de type immunitaire, comme s’il s’agissait d’un virus ennemi. C’est le phénomène de rejet.
Deux types de cellules immunitaires rentrent en action : les lymphocytes T viennent détruire par contact direct les cellules de l’organe greffé, alors que les lymphocytes B produisent des anticorps dirigés contre le greffon.
Il existe deux types de rejet :
- le rejet aigu, qui correspond à la réponse immunitaire décrite ci-dessus ;
- le rejet chronique, ou maladie chronique du greffon, qui apparaît plusieurs années après la greffe. Il combine des phénomènes immunitaires à d’autres causes d’altération du greffon.
Le rejet est un risque permanent, il doit être contré par des médicaments durant toute la vie de la personne greffée.
Les médicaments immunosuppresseurs
Le rejet est prévenu et combattu en bloquant partiellement le fonctionnement du système de défense immunitaire. Ce blocage n’est pas spécifique : il agit contre le rejet mais il affaiblit également les défenses de l’organisme contre d’autres types d’agression.
On utilise pour cela des médicaments dit « immunosuppresseurs ». Chaque patient greffé se voit administrer un traitement combinant plusieurs molécules avec différents modes d’action, qui conditionne sa survie et sa qualité de vie. La combinaison médicamenteuse est adaptée en fonction du type de greffe, de l’état du patient et de sa tolérance aux médicaments.
De plus en plus efficaces et maîtrisés, les traitements immunosuppresseurs ont de nombreux effets indésirables. En premier lieu, ils ont l’inconvénient de rendre l’organisme plus vulnérable aux maladies infectieuses (virales, bactériennes, fongiques) et aux tumeurs cancéreuses. L’adaptation du traitement année après année et la lutte contre les pathologies opportunistes astreignent chaque personne greffée à un suivi médical à vie.
Les médicaments immunosuppresseurs agissent sur l’activation et la prolifération des lymphocytes T. Il existe trois niveaux d’action, correspondant à trois groupes d’immunosuppresseurs :
- les médicaments de niveau 1 (ciclosporine, tacrolimus, corticoïdes) bloquent l’activation des lymphocytes T ;
- les médicaments de niveau 2 (sirolimus, évérolimus, anticorps monoclonaux) inhibent l’initiation de la prolifération ;
- les médicaments de niveau 3 (azathioprine, mycophénolate) bloquent la prolifération même.
Date de mise à jour : 05/03/2009


