Témoignage de Elodie Camus

« En 1997, un cardiologue m’a diagnostiqué une myocardite aiguë. J’ai été hospitalisée pendant un an, loin de ma famille, de mon petit frère dont je suis très proche. Je n’allais plus à l’école, je n’avais pas de visites, je ne voyais pas mes amis. Les seules sorties auxquelles j’avais droit, c’était dans un fauteuil chez mes parents à l’occasion d’anniversaires ou de fêtes familiales. Un an après mon admission à l’hôpital de Reims, nous avons été contactés par le centre chirurgical Marie Lannelongue du Plessis-Robinson. L’ambulance nous a transportés mes parents et moi jusqu’à l’hôpital et j’ai été greffée la nuit du 9 au 10 février 1998. Mon intervention a duré six ou sept heures, puis je suis resté une semaine au service réanimation. Depuis que j’ai été greffée, c’est une réelle renaissance, je profite de la vie, je me délecte de chaque minute. Quoi qu’il arrive, même des soucis, j’ai l’impression que j’arrive toujours à les surmonter parce que je suis en vie et c’est déjà l’essentiel. J’ai des examens réguliers. Je consulte mon cardiologue tous les quatre mois à Reims et je vais voir mon cardiologue parisien une fois par an. Je prends également des traitements médicamenteux : deux anti-rejets, de la cortisone et des traitements contre le cholestérol et l’hypertension qui sont des pathologies associées ».

Elodie Camus, 25 ans - Etudiante - Tinqueux - Greffée du cœur en 1998

 

Avez-vous eu envie de remercier votre donneur ?

« Juste après la greffe, j’étais d’abord trop jeune et trop affairée à "revivre" pour réaliser cette notion de dette. Ensuite le vrai problème est que le don d’organes (dans le cas du coeur du moins) est à sens unique, il n’est pas question de "contre-don" ou de remerciement. D’autre part, le don en France est totalement anonyme, le receveur ne peut rien savoir sur son bienfaiteur, et la famille du donneur ne peut elle que savoir si les greffes ont réussi.
Maintenant, je considère que d’avoir une hygiène de vie correcte, respecter le greffon, respecter ma vie et ma santé, c’est respecter le geste du donneur. C’est le seul moyen que j’ai de le remercier. Je pense à lui, à sa famille, à la vie qu’il avait et qui s’est arrêtée, mais qui finalement, quelque part, continue en quelque sorte au travers des existences qu’il a pu sauver ou améliorer. Le "devoir" auquel je me tiens est finalement plus une idée de respect, du donneur et de la vie, et d’autre part de faire partager ces notions de don de soi, "d’héroïsme", qui pourraient permettre à d’autre malades de bénéficier, comme moi d’une deuxième chance. Enfin pour des questions d’équilibre, il est malheureusement nécessaire de ne pas penser chaque jour au donneur (sans jamais l’oublier pour autant), auquel cas le greffon risquerait de rester un corps étranger dans l’esprit du receveur, et donc dans son organisme. Le rejet qui pourrait alors survenir gâcherait ce précieux don... »

Avez-vous un régime particulier à suivre ?

« Oui nous savons qu’il ne faut pas manger ou boire de pamplemousse au moment de l’absorbtion des immuno-suppresseurs, mais je n’ai connaissance d’aucun autre aliment à éviter. En ce qui me concerne je mange de tout, et n’ai pas rencontré le moindre souci jusqu’à présent. J’ai récemment reposé la question à mon cardiologue qui m’a affirmé qu’hormis le pamplemousse, aucun aliment n’est à proscrire ».
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