L’origine des organes

Les différents profils de donneurs

Le donneur décédé

Le prélèvement d’organes n’est réalisé qu’une fois que la mort est dûment constatée et que le constat de décès est signé. En effet, la mort est constatée à la suite d’examens cliniques et, lorsque cela est nécessaire, confirmé par un examen complémentaire (soit une angiographie cérébrale, soit deux encéphalogrammes à quatre heures d’intervalle). La mort peut être consécutive :

  • à un arrêt cardiaque : suite à un arrêt du cœur prolongé de plusieurs minutes, le sang ne circule plus, y compris jusqu’ au cerveau, qui n’est plus oxygéné, ce qui entraîne sa destruction irréversible. On parle alors de mort par arrêt circulatoire ;
  • ou à une compression par œdème ou hémorragie cérébrale (accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien,…). Le cerveau est directement atteint et il évolue vers une destruction irrémédiable. C’est la mort encéphalique, une façon rare de mourir (9 cas sur 1000).
 

Le donneur décédé en état de mort encéphalique

On parle de mort encéphalique (ou mort cérébrale) quand le cerveau n’est plus irrigué ni oxygéné par le sang (suite à un accident vasculaire cérébral ou à un traumatisme crânien par exemple) et qu’il est détruit de façon irréversible.

Des examens attestant du caractère irréversible de la destruction du cerveau sont réalisés :

  • soit deux encéphalogrammes (cet examen apporte la preuve de l’arrêt total des fonctions cérébrales )) réalisés à quatre heures d’intervalle,
  • soit une angiographie cérébrale (cet examen apporte la preuve de l’absence de circulation du sang dans l’encéphale

Le constat de décès est alors établi par deux médecins.

Lorsque le décès se produit à l’hôpital et qu’un prélèvement d’organes est envisageable, l’activité cardiaque et la respiration peuvent être maintenues artificiellement durant quelques heures après le décès. Irrigués en sang et en oxygène, les principaux organes demeurent ainsi en état fonctionnel, le temps de rechercher la non opposition du défunt au don de ses organes, puis de procéder au prélèvement au bloc opératoire si le défunt n’avait pas exprimé d’opposition au don.

Pour des raisons médicales et réglementaires, depuis plus de vingt ans, en France, l’essentiel des donneurs sont des personnes décédées à l’hôpital en état de mort encéphalique. Ce type de décès est pourtant rare : il représente moins de 1 % des morts survenant à l’hôpital. Sa rareté explique notamment la pénurie actuelle d’organes.

Le donneur décédé après arrêt circulatoire suite à un arrêt cardiaque inopiné

On parle de mort après arrêt circulatoire quand le cœur s’arrête pendant plusieurs minutes (du fait d’une hémorragie, d’un infarctus, d’une anomalie du rythme cardiaque par exemple), et que le sang ne circule plus et ne parvient plus au cerveau. Le cerveau subit en conséquence des dommages irréversibles entraînant sa destruction, causant ainsi la mort.

L’arrêt cardiaque entrainant l’arrêt de la circulation sanguine survient de façon inopinée, le plus souvent à domicile ou sur la voie publique. Les équipes médicales des secours mettent tout en œuvre pour réanimer la victime (ventilation mécanique et massage cardiaque). Si les tentatives de réanimation s’avèrent être inefficaces, le décès clinique est constaté. Il est confirmé après la constatation d’un arrêt cardiaque irréversible, enregistré pendant 5 minutes après l’arrêt des manœuvres de réanimation. Si aucune activité circulatoire ne survient dans ce laps de temps, le procès-verbal de constat de la mort est signé par le médecin.

En 2006, la France a lancé un programme de prélèvement sur donneur décédé après arrêt circulatoire à la suite de la publication de l’arrêté du 2 août 2005 autorisant de nouveau le prélèvement d’organes et de tissus « sur une personne présentant un arrêt cardiaque et respiratoire persistant ». Le premier prélèvement rénal de ce type, basé sur un protocole élaboré par l’Agence de la biomédecine, a eu lieu en octobre 2006. Puis, le premier prélèvement de foie de ce type a eu lieu en 2010. En 2013, 15 centres hospitaliers sont autorisés à cette activité, 12 ont prélevé selon un protocole strictement encadré, l’un d’entre eux a renoncé à poursuivre le programme. En 2013, le nombre de greffes réalisées grâce à un donneur décédé après arrêt circulatoire est de 78 greffes rénales et 2 greffes hépatiques. L’objectif de l’Agence est d’augmenter le recours à cette source de greffons afin de permettre à un plus grand nombre de malades d’être greffés.

 

Le donneur décédé après arrêt circulatoire suite à la limitation ou l’arrêt des thérapeutiques 

Depuis 2005, la loi Leonetti encadre les modalités de décision et de mise en œuvre de la limitation et l’arrêt des thérapeutiques (LAT) chez les patients en fin de vie dont la réanimation est jugée infructueuse. Il s’agit d’une procédure collégiale réalisée en accord avec la volonté du malade ou de ses proches. Cette évolution de la loi rend alors possible le prélèvement d’organes sur personnes décédées des suites d’un arrêt cardiaque et circulatoire survenant dans le cadre d’un arrêt des thérapeutiques.

Le prélèvement sur les personnes décédées des suites d’un arrêt circulatoire dans le cadre d’un arrêt des thérapeutiques est déjà réalisé dans plusieurs pays européens depuis de nombreuses années (depuis 1989 au Royaume Uni par exemple), avec de bons résultats en termes de greffe. Aux Pays-Bas, il représente environ 51% des prélèvements et 38% au Royaume-Uni.

Comme c’est le cas pour les prélèvements sur donneurs décédés après arrêt circulatoire survenu de façon inopinée, les prélèvements sur donneurs décédés après arrêt circulatoire dans le cadre d’un arrêt des thérapeutiques font l’objet d’un protocole strict rédigé par l’Agence de la biomédecine en collaboration étroite avec les professionnels de santé et les sociétés savantes et en respect de l’éthique médicale, sous l’impulsion de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Afin de pouvoir commencer l’activité de prélèvement sur ce type de donneurs, les centres hospitaliers pilotes, répondant à tous les critères exigés, doivent obligatoirement signer une convention avec l’agence de la biomédecine les engageant à respecter tous les termes du protocole. La phase de pilotage durera 2 ans, à compter de l’automne 2014, afin de disposer d’une période suffisante pour évaluer les résultats du programme et réaliser un bilan.

 

Le donneur vivant

Le don d’organes de son vivant concerne essentiellement le rein et, dans une moindre mesure, un lobe de foie. Il est effectivement possible de vivre tout à fait normalement avec un seul rein. Une personne majeure vivante, volontaire et en bonne santé peut donc donner un rein dans les conditions définies par la loi. Pour répondre aux attentes des patients et de leurs familles et favoriser ce type de greffe, la loi de bioéthique du 7 juillet 2011 a élargi le cercle des donneurs vivants d’organes qui peuvent être le père ou la mère et, par dérogation, un fils ou une fille, un frère ou une sœur du receveur, son conjoint, ses grands-parents, oncles ou tantes, cousins germains et cousines germaines ainsi que le conjoint du père et de la mère. Le donneur peut également être toute personne apportant la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans avec le receveur ainsi que toute personne pouvant apporter la preuve d’un lien affectif étroit et stable depuis au moins deux ans avec le receveur.

En France, le nombre de greffes rénales à partir de donneur vivant augmente progressivement depuis le début des années 2000, mais il demeure modeste. Il a représenté 11,7 % des greffes de rein en 2012. La greffe à partir d’un donneur vivant donne de très bons résultats pour le receveur. Quant aux donneurs, ils sont 98 % à indiquer qu’ils seraient prêt à renouveler l’expérience[1]. En outre, la greffe à partir de donneur vivant contribue à diminuer la pénurie de greffons.
En cas d’incompatibilité entre le malade et le candidat au don, la loi révisée en juillet 2011 permet désormais de procéder à un don croisé : le receveur (receveur 1) bénéficie du don d’une autre personne (donneur 2) également en situation d’incompatibilité avec son receveur (receveur 2) qui lui bénéficie du don du premier donneur (donneur 1). Les deux opérations chirurgicales sont alors engagées simultanément, tout en respectant l’anonymat.


[1]Enquête 2010 Agence de la biomédecine / CHU de Nancy menée auprès de 501 donneurs vivants ayant été prélevés entre le 30 juin 2005 et le 1er mars 2009.

Le profil des donneurs

Aucune personne n’est écartée d’emblée du prélèvement pour des questions d’âge ou d’état de santé. En effet, lorsqu’un prélèvement est envisagé, ce qui est d’abord pris en compte c’est l’état de chaque organe, évalué au cas par cas par l’équipe médicale pour s’assurer de la qualité de la greffe qui sera réalisée.

Si certaines maladies ou certains traitements médicaux peuvent constituer un frein au prélèvement, ce dernier pourra néanmoins être envisagé si l’on identifie un malade à qui la greffe de l’organe apportera plus de bénéfices que de risques.

Par exemple, un organe atteint d’une hépatite peut être greffé à un patient qui a déjà fait face à cette maladie par le passé, ou encore à un patient qu’il faut greffer en extrême urgence car sa vie en dépend. L’hépatite est alors traitée si besoin après la greffe. Dans tous les cas, le patient est informé des enjeux et il doit donner son autorisation en toutes connaissances de cause avant d’être greffé.

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Article mis à jour le 16 décembre 2014
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